Mieux comprendre le Trouble du Déficit de l'Attention (TDAH)

C’est un trouble dont on entend de plus en plus parlé, avec l’impression, parfois, qu’il est lancé à tort et à travers. Il reste l’un des troubles neuro-développementaux les plus communs, ce que l’amélioration constante des diagnostics permet de mettre en lumière. Il reste cependant trop peu connu dans son fonctionnement et sa présentation. Éclairage sur le TDAH et tout ce que cet acronyme signifie.

C2Care
23 juillet 202411 min de lecture

L'essentiel à savoir

  • Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement (DSM-V) : inattention, hyperactivité, ou association des deux.
  • Les signes apparaissent durant l'enfance et peuvent se prolonger à l'âge adulte.
  • Les causes combinent facteurs génétiques, environnementaux et neurobiologiques (dopamine, cortex préfrontal).
  • Le traitement est pluridisciplinaire : remédiation cognitive, médicaments (méthylphénidate) et adaptation de l'environnement.

1. QU'EST-CE QUE LE TDAH ?

TDAH est un acronyme qui signifie trouble du déficit de l'attention et/ou de l'hyperactivité selon le DSM-V. Sous ce nom se cachent trois formes reconnues du trouble. Une première forme atteint principalement les capacités attentionnelles, la possibilité de rester concentré longtemps sur certaines tâches. La deuxième forme touche l'activité psychomotrice, qui est plus élevée que la moyenne, avec des changements fréquents d'activité et la difficulté à rester sans rien faire. La dernière forme présente une association des deux premières, avec des atteintes à l'attention et une hyperactivité.

Ces formes sont définies par rapport aux symptômes les plus fréquents, c'est-à-dire les signes qui ont un impact significatif sur la vie et le fonctionnement des individus.

Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement, ce qui signifie que les signes cliniques apparaissent durant l'enfance et peuvent se prolonger à l'âge adulte. Il arrive parfois que les symptômes du TDAH soient discrets pendant l'enfance grâce à un environnement soutenant, et qu'ils apparaissent de manière plus saillante à l'âge adulte, quand la personne est plus sollicitée et que les facteurs de stress diminuent les ressources disponibles pour gérer les dysfonctions.

Pour un nombre croissant de chercheurs, le TDAH n'est en réalité pas un déficit de l'attention, car on peut observer des personnes TDAH, dans certaines situations, maintenir une attention intense et soutenue pendant des heures. Il s'agirait en effet plutôt d'un déficit de la régulation de l'attention et des émotions, associé à un besoin de stimulation.

2. QUELS SONT LES SIGNES DU TDAH ?

Comme la plupart des troubles du neurodéveloppement, les signes du TDAH se découpent en deux catégories : les symptômes et les spécificités.

Les symptômes sont les signes cliniques qui causent une souffrance ou un dysfonctionnement significatif des fonctions cognitives ou du fonctionnement quotidien. Les spécificités sont d'autres signes fréquemment retrouvés chez les personnes présentant le trouble, mais qui ne sont pas nécessaires au diagnostic. Ils peuvent cependant aider à ce que le diagnostic se fasse correctement.

Les symptômes sont classifiés dans les manuels diagnostics. Le DSM V définit le TDAH comme un mode persistant d'inattention et/ou d'hyperactivité-impulsivité qui interfère avec le fonctionnement ou le développement et qui est caractérisé par un certain nombre des signes suivants :

Inattention

Six ou plus des symptômes suivants :

  • Ne parvient pas à faire attention aux détails ou fait des fautes d'étourderie
  • A souvent du mal à soutenir son attention au travail ou dans les jeux
  • Semble souvent ne pas écouter quand on lui parle personnellement
  • Ne se conforme pas aux consignes et ne parvient pas à mener à terme ses devoirs, ses tâches domestiques ou ses obligations professionnelles
  • A souvent du mal à organiser ses travaux ou ses activités
  • Évite, a en aversion ou fait à contrecœur les tâches qui nécessitent un effort mental soutenu.
  • Perd souvent les objets nécessaires à son travail ou à ses activités.
  • Se laisse facilement distraire par des stimuli externes.

A des oublis fréquents dans la vie quotidienne.

Hyperactivité et impulsivité

  • Remue souvent les mains ou les pieds ou se tortille sur son siège

  • Se lève souvent en classe ou dans d'autres situations où il est supposé rester assis

  • Court ou grimpe partout, dans les situations où cela est inapproprié (chez les adolescents et les adultes, cela peut se limiter à un sentiment d'agitation)

  • A souvent du mal à se tenir tranquille dans les jeux ou les activités de loisir.

  • Est souvent "sur la brèche" ou agit souvent comme s'il était "monté sur ressort"

  • Souvent, parle trop.

  • Laisse souvent échapper la réponse à une question qui n'est pas encore entièrement posée.

  • A souvent du mal à attendre son tour.

  • L'hyper-concentration : quand une personne souffrant de TDAH commence une tâche qui procure un haut niveau de stimulation, il est possible de perdre la notion du temps et de passer des heures sur cette tâche, en oubliant parfois de manger ou d'aller aux toilettes. La tâche est souvent interrompue par une source extérieure ou une sensation corporelle suffisamment forte pour casser la concentration.

  • La sensibilité et/ou l'instabilité émotionnelle : les personnes diagnostiquées TDAH présentent une difficulté plus élevée pour réguler leurs émotions de manière interne, ce qui peut mener à une perception plus intense ou plus stressante des émotions désagréables. La manière dont fonctionne leur attention peut aussi mener à un changement rapide des émotions en fonction des événements et des stimulations.

  • Les troubles du sommeil sont également communs chez les personnes souffrant de TDAH, les difficultés de régulation émotionnelle et attentionnelle rendant difficile de maintenir un rythme régulier et sain de sommeil.

  • L'intolérance à l'ennui : L'ennui est particulièrement difficile à gérer pour les personnes avec un TDAH qui ont un besoin plus élevé de stimulation. L'ennui est une forme de sous-stimulation qui peut amener une forte agitation, une plus grande difficulté à se concentrer et directement influencer l'humeur et les émotions.

  • La faible mémoire de travail : retenir des listes de tâche, les différentes étapes d'un processus, un nom ou un numéro de téléphone, ce sont des exercices qui peuvent être particulièrement difficiles pour les personnes avec un TDAH, qui peuvent rapidement être submergées par un nombre important d'informations.

  • La cécité temporelle : Il s'agit d'une mauvaise perception du temps qui passe et du temps nécessaire à réaliser certaines tâches, ce qui peut amener à des retards réguliers, des deadlines qui ne sont pas respectées et la difficulté de suivre une routine dans les temps.

  • La permanence de l'objet altérée : la permanence de l'objet signifie qu'un objet continue d'exister dans l'esprit d'une personne même s'il n'est pas dans son champ visuel. Chez les personnes avec un TDAH, il n'est pas aussi absent que chez les bébés qui oublient complètement l'existence d'un objet non visible, mais il rend plus difficile de se souvenir des objets et personnes qui n'ont pas une présence régulière dans leurs vies.

  • La dysfonction exécutive : les fonctions exécutives sont l'ensemble des processus mentaux qui permettent de planifier et réaliser les actions du quotidien. Elles recoupent notamment les capacités de planification, de flexibilité, d'adaptation, d'inhibition et d'exécution. Dans le TDAH ces capacités sont impactées par une difficulté à filtrer correctement les informations de l'environnement, un plus bas niveau d'inhibition et de moins bonnes capacités de planification. Cela rend la réalisation des tâches communes plus difficile, en demandant un très gros effort pour réaliser des tâches simples. Selon les ressources dont une personne dispose, certaines tâches sont mentalement impossible à réaliser.

3. QU'EST-CE QUI PROVOQUE UN TDAH ?

Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement, cela signifie qu'il est dû à des différences dans le développement de certaines structures cérébrales.

La première hypothèse étiologique de l'apparition du TDAH est génétique. Les recherches montrent que les enfants nés dans une famille dont un ou plusieurs membres ont été diagnostiqués avec ce trouble ont plus de chance d'être eux-mêmes diagnostiqués TDAH.

Des facteurs environnementaux semblent également augmenter le risque d'apparition du trouble : une exposition à l'alcool, au plomb, au stress pendant la grossesse, une naissance prématurée, un traumatisme crânien, de la maltraitance, etc.

Les pistes neurobiologiques et neuropsychologiques sont de plus en plus explorées, en essayant d'identifier les zones cérébrales qui seraient responsables du TDAH. Certaines ont été identifiées comme légèrement sous-développées chez les personnes présentant le trouble, mais ces variations de volume ne sont pas suffisantes pour poser un diagnostic sur ces valeurs uniquement. On peut notamment relever le cortex pré-frontal qui serait sous-activé, ce qui mène au défaut d'inhibition.

La piste de la dopamine est également explorée par rapport, notamment, au besoin de stimulation. Les personnes avec un TDAH ont des niveaux de dopamine, l'hormone du plaisir et de la récompense, plus faible que la population générale, ce qui mène à une recherche de stimulation plus élevée et une plus forte intolérance à l'ennui.

4. QUEL EST LE TRAITEMENT DU TDAH ?

Le traitement du TDAH, notamment lorsque le diagnostic est précoce, est pluridisciplinaire et se fait en fonction des besoins de l'individu.

Les pistes de travail sont triples :

  • Travail sur les capacités cognitives et fonctionnelles : ce travail se fait avec l'aide de psychologues, orthophonistes, psychomotriciens et ergothérapeutes. L'objectif va être d'entraîner les fonctions cognitives défaillantes et de trouver des stratégies alternatives. L'idée est de comprendre que le fonctionnement du cerveau d'une personne atteinte de TDAH est différent de celui d'une personne neurotypique, et qu'il faut donc trouver un mode de fonctionnement qui convienne à la personne et à son évolution dans un environnement social. Plus la personne est prise en charge tôt, plus la remédiation cognitive sera efficace.
  • Médicaments : certains médecins spécialistes (psychiatre, pédiatre, neurologue, etc.) peuvent prescrire, lorsque le diagnostic de TDAH est avéré, un traitement à base de méthylphénidate, qui sert à stabiliser le niveau de dopamine dans le cerveau, ce qui améliore l'éveil et les capacités de concentration. C'est un médicament couramment utilisé dans le traitement du TDAH en Amérique du Nord et dans certains pays d'Europe, et qui commence à se démocratiser en France. Le principal obstacle concerne les personnes diagnostiquées à l'âge adulte, car sa délivrance repose sur la présence des signes du TDAH durant l'enfance, ce qu'il faut pouvoir prouver.
  • Adaptation de l'environnement : autant que faire se peut, une adaptation de l'environnement permet de faciliter la vie d'une personne souffrant de TDAH, d'économiser des ressources mentales et de mieux se concentrer sur les éléments de la vie qui ne peuvent pas être adaptés. Cette adaptation passe également par l'éducation de l'entourage qui devra adapter son fonctionnement et ses demandes aux besoins et limites du proche.

Le TDAH reste un trouble qui souffre de sa mauvaise réputation et de sa mauvaise représentation. Les enfants avec une forme centrée sur l'hyperactivité souffrent le plus socialement de cette mauvaise connaissance du trouble. Malgré les difficultés que le TDAH amène, il peut également être une force lorsque les personnes sont correctement accompagnées.

Il convient d'améliorer, d'une part, le processus de diagnostic afin d'éviter un maximum de diagnostics tardifs, qui augmentent les difficultés de vie, mais également d'améliorer l'éducation autour de ce trouble, notamment auprès des professionnels de l'enfance et de la petite enfance.

La révolution de l'IA !

Nous utilisons l'Intelligence Artificielle à la fois à travers un assistant IA appelé Camille, et également au sein de personnages virtuels dans les scènes. Camille vous permet d'être accompagné et représente une personne de confiance à laquelle vous pouvez vous confier sans jugement.

Débuter gratuitement

FAQ sur le trouble de déficit d'attention (TDAH) et la réalité virtuelle

Le TDAH peut-il apparaître seulement à l'âge adulte ?

Les signes cliniques du TDAH apparaissent durant l'enfance, mais ils peuvent rester discrets grâce à un environnement soutenant. Ils deviennent parfois plus visibles à l'âge adulte, quand les sollicitations augmentent et que les ressources disponibles pour gérer les dysfonctions diminuent.

Quelle est la différence entre les symptômes et les spécificités du TDAH ?

Les symptômes sont les signes cliniques qui causent une souffrance ou un dysfonctionnement significatif, retenus pour le diagnostic. Les spécificités sont d'autres signes fréquemment observés chez les personnes concernées, sans être nécessaires au diagnostic, mais elles peuvent aider à le poser correctement.

Le TDAH est-il héréditaire ?

La génétique est la première hypothèse avancée pour expliquer l'apparition du TDAH. Les enfants nés dans une famille où un ou plusieurs membres ont été diagnostiqués ont davantage de risques de l'être eux-mêmes. Des facteurs environnementaux, comme le stress pendant la grossesse, peuvent aussi intervenir.

Qu'est-ce que l'hyperconcentration chez une personne avec un TDAH ?

L'hyperconcentration survient lorsqu'une tâche procure un haut niveau de stimulation. La personne peut alors perdre la notion du temps et y consacrer des heures, oubliant parfois de manger. Elle est souvent interrompue par une source extérieure ou une sensation corporelle suffisamment forte.

Le TDAH peut-il être pris en charge sans médicament ?

Oui, le traitement du TDAH est pluridisciplinaire. Il associe un travail sur les capacités cognitives et fonctionnelles avec des psychologues, orthophonistes, psychomotriciens ou ergothérapeutes, et une adaptation de l'environnement du patient. Les médicaments restent une option, pas une obligation.

Pourquoi le méthylphénidate est-il difficile à obtenir pour les adultes diagnostiqués tardivement ?

Sa délivrance repose sur la preuve que les signes du TDAH étaient présents durant l'enfance. Les personnes diagnostiquées à l'âge adulte doivent donc pouvoir démontrer cette antériorité, ce qui constitue le principal obstacle à l'accès à ce traitement.

Le TDAH est-il vraiment un trouble du déficit de l'attention ?

Pour un nombre croissant de chercheurs, non. Les personnes avec un TDAH peuvent maintenir une attention intense pendant des heures dans certaines situations. Il s'agirait davantage d'un déficit de la régulation de l'attention et des émotions, associé à un besoin de stimulation.

Le TDAH peut-il être un atout au quotidien ?

Malgré les difficultés qu'il entraîne, le TDAH peut devenir une force lorsque la personne est correctement accompagnée. Le trouble souffre surtout d'une mauvaise réputation et d'une représentation erronée, notamment pour les enfants dont la forme est centrée sur l'hyperactivité.

Auteur

C2Care

Articles connexes

11 mars 2025

Haut Potentiel Intellectuel

HPI, Surdoué ou encore Zèbre. Tous ces termes se recoupent sous le même principe. HPI est un terme dont on entend beaucoup parler ces derniers temps, que ce soit à la télévision par le biais des informations ou des séries (ex: HPI avec Audrey Fleurot), ou même sur les réseaux sociaux. Faisons un point ensemble sur les Hauts Potentiels. HPI signifie **"Haut Potentiel Intellectuel"**. Cela indique que les personnes ont une **intelligence cognitive** supérieure aux personnes de la même tranche d'âge. Pour qu'une personne soit considérée comme étant HPI, il faut que celle-ci ait un QI (Quotient Intellectuel) **supérieur à 130**, ce qui correspond **à 2.3%** de la population ayant le QI le plus élevé.

28 juillet 2024

Les neurotransmetteurs : notre langage neuronal

N'avez-vous jamais entendu les expressions telles que "avoir une mémoire d'éléphant" ? Ou bien : "avoir un cerveau de moineau" ? Parce que oui, il n'y a encore pas si longtemps, on pensait que l'intelligence et la taille du cerveau étaient reliées. Aujourd'hui, ce n'est plus un secret ; l'intelligence n'a rien à voir avec le diamètre du front ou le volume de notre encéphale. Nous savons que, malgré son poids moyen de 1400 grammes, le cerveau humain est le plus évolué et dynamique du monde vivant.

24 juillet 2024

L'autodétermination

Et si réaliser une tâche ne dépendait pas uniquement de vous ? Et si votre personnalité était régie par des besoins psychologiques fondamentaux et qu’y répondre permet de vous mener vers l’épanouissement personnel ? Être autodéterminé, c’est pouvoir répondre à la fois à un sentiment de liberté, d’intérêt, de valorisation et d’acceptation. L’autodétermination est alors fondamentale à notre bien-être.

10 octobre 2016

Qu'est ce qu'une phobie ?

Phobos est l’incarnation de la peur, il suivait son père sur les champs de bataille. La peur panique qu’il déclenchait à sa simple vue traduit ce que ressent une personne lorsqu’elle est confrontée à l’objet de sa peur. Les phobies sont nombreuses et certaines sont plus connues que d’autres, parmi elles, l’agoraphobie et la claustrophobie. En revanche l’aviophobie l’est moins alors qu’elle touche bon nombre de ceux qui, eux aussi, rêveraient de découvrir des plages de sable fin.

18 juillet 2024

Le modèle neurobiologique de Gray

La psychoéducation se fait lors de la première séance de thérapie en groupe et consiste à expliquer les modèles de l’anxiété pour les patients : phobiques, qui ont des tocs, ou ayant des troubles anxieux généralisés. Les modèles permettent d’expliquer les causes et les mécanismes de l’anxiété, le but est d’amener les patients à comprendre ce qui se passe dans leurs cerveaux. L’ignorance conduit à la peur. Lors d’une thérapie de groupe, il est important d’instaurer le dialogue avec ses patients et d’installer un échange, donnez aussi souvent que possible la possibilité aux patients de participer. Nous allons voir dans cet article le modèle neurobiologique de Gray et son implication dans l’anxiété, les phobies et les tocs.